mardi 13 décembre 2016

La fin de l’année à l’école

La fin de l’année approche. Ainsi, nous préparons les évaluations pour les élèves au Collège d’enseignement moyen de Touba Peycouck. Cela me permet aussi de discuter avec mes collègues enseignant-e-s sur les principes importants nous assurant de préparer de bonnes évaluations; c’est-à-dire des évaluations qui nous permettent de mesurer et de vérifier la progression des élèves en fonction de ce que nous avons précédemment enseigné durant l’année.


Cela semble simple à première vue, mais ce n’est pas tous les enseignant-e-s qui partagent ce point de vue. En effet, il n’est pas toujours facile de s’entendre, entre enseignant-e-s, sur le contenu et aussi la forme d’une évaluation. C’est pourquoi j’ai eu plusieurs discussions intéressantes avec mon enseignant associé pour mieux définir ce qui devrait être essentiel dans les évaluations que nous donnons aux élèves. Ces discussions sont importantes, car les évaluations déterminent en grande partie le cheminement scolaire des élèves ainsi que leur confiance et leur estime personnelle.

À ce sujet, imaginez-vous devant une évaluation avec des questions qui ne représentent pas ce que vous auriez pu apprendre durant un cours. Dans ce genre de situation, on se sent impuissant-e. De plus, nous pouvons aussi perdre confiance envers l’enseignant aussi bien qu’envers nos propres moyens. À ce sujet, la première évaluation que les élèves font durant l’année est particulièrement importante, car elle détermine grandement la confiance qu’ils et elles auront tout au long de l’année envers l’enseignant-e et le processus d’évaluation.


Parlant d’évaluation, ma visite de supervision finale de stage approche à grands pas, elle aussi. Je crois avoir beaucoup progressé depuis mes débuts ici. Dans le même ordre d’idées, j’ai demandé à mes élèves si j’étais un bon enseignant et ils ont répondu par l’affirmative, une chance ! Ensuite, je leur ai demandé ce que je faisais de bien. Voici ce qu’ils et elles m’ont répondu :


-       Tu expliques bien ;
-       Tu écris lisiblement au tableau ;
-       Tu fais des blagues ;
-       Tu nous aides à mieux comprendre.


Ensuite, je leur ai demandé ce que je devrai améliorer pour être un meilleur professeur. Ils n’ont pas voulu me répondre, mais mon enseignant associé, lui, avait une réponse : je dois être plus sévère avec les élèves qui dérangent. C’est intéressant, car c’est également un commentaire qu’on m’a laissé lors de mes stages précédents au Québec. Cependant, être sévère au Sénégal et dans la belle province me semble bien différent. J’ai parfois l’impression ici que certains élèves craignent leurs enseignant-e-s. C’est pourquoi, à mon avis, plusieurs jeunes n’osent pas poser de questions par peur de se tromper et de se faire réprimander. Ces élèves ont l’impression de ne pas avoir le droit à l’erreur. Pourtant, c’est justement grâce à nos erreurs que nous progressons. Si l’élève n’ose pas participer ou se questionner, il sera difficile pour l’enseignant-e de savoir ce qu’il sait et de savoir comment l'aider pour le faire progresser. Ainsi, il faut encourager la participation et l’erreur, car elles permettent aux élèves d’apprendre davantage.


Puis, en ce qui concerne la discipline, une partie du travail de l’enseignant consiste à créer un bon climat de confiance et de travail dans la classe tout en gardant le contrôle pour diriger cette belle collectivité. Certes, garder le contrôle de sa classe est un défi de tout instant. C’est pourquoi plusieurs enseignants font le choix d’être plus sévère et de limiter la liberté des élèves pour avoir un meilleur contrôle sur le processus d’apprentissage, notamment si la classe comprend un très grand nombre d’élèves comme c’est le cas au Sénégal. Pour ma part, j’aime laisser un peu plus de liberté aux élèves, mais ceux-ci doivent me montrer qu’ils et elles savent bien gérer cette liberté. Ce faisant, j’ai un moins grand contrôle sur ma classe, mais je crois que ce faisant je contribue à rendre les élèves plus autonomes et responsables. Cela est mon pari pédagogique et j’en assume les avantages et les inconvénients. Chose certaine, je tenterai d'ameliorer cet aspect de mon travail lors de mes futurs stages.


Finalement, pour célébrer la fin de l’année 2016, je suis en train d’organiser avec l’école une projection de films sur la protection de l’environnement. De plus, un enseignant qui fait aussi de la musique m’a proposé de réunir plusieurs rappeurs locaux pour « faire lever le party » avant la présentation du film. On va terminer l’année en grand à Touba Peycouck !


Pour avoir plus d'informations sur Cinécyclo, l'organisation avec laquelle je travaille pour organiser la projection de films, vous pouvez consulter le lien ci-dessous :
http://observers.france24.com/fr/20160609-senegal-cinema-velo-ecolo-itinerant 


Ismael


PS: Je trouvais qu'il manquait d'images dans cet article. Ainsi, je vous laisse sur quelques photos du Lac Rose ou Lac Retba du Sénégal.




lundi 28 novembre 2016

Le temps passe vite!

Déjà un mois passé ici au Sénégal, le temps passe trop vite ! Lors de ce premier mois, j’ai grandement appris sur la culture sénégalaise et comment elle peut se traduire à travers les deux grands aspects de mon stage ; la vie en famille et l’enseignement au collège de Touba Peycouck.


En famille, j’apprécie beaucoup le temps passé avec mes proches. Au pays de la Teranga, je constate que l’important n’est  pas nécessairement de faire quelque chose ou une activité spéciale. L’important c’est tout simplement d’être ensemble. Que ce soit autour du plat pour le repas ou devant la maison à discuter pour passer le temps en prenant le thé, l’important c’est véritablement de  partager des moments ensemble.


Cela contraste beaucoup avec la vie que je mène à Montréal. Par moment, j’ai l’impression de ressentir une pression d’avoir à remplir mon quotidien d’activités pour « faire » quelque chose de mon temps ou de ma vie. Comme si on devait prouver en quelque sorte à son réseau social, réel ou vitruel, que nous sommes en mouvement et actifs à tout instant.


Au Sénégal, je peux passer de longs moments avec d’autres personnes à simplement discuter de tout et de rien. Par ailleurs, dans mon quotidien, il y a bien souvent des moments de silence entre les personnes. Au Québec, ce genre de silence provoque souvent des malaises pour les jeunes de ma génération, comme s’il fallait perpétuellement remplir les trous pour maintenir la discussion par peur de subir les foudres du silence. Pour ma part, depuis le début de mon stage, j’apprends beaucoup à apprivoiser le silence et ces moments tout simples où nous sommes simplement là à partager un petit morceau de vie sur Terre sans avoir toujours à parler ou à planifier une activité future.


À ce sujet, pour se saluer, il est commun que les sénégalais-e-s qui parlent wolof utilisent la formule  suivante :
- Na ga def ? (Comment tu-fais?)
- Man gi fi rekk. (Je suis ici seulement)


En Occident, à  force de courir partout, on oublie souvent la chance d’être là tout simplement, de pouvoir vivre et faire tous les petits détails anodins de notre quotidien. Pour ma part, je passe beaucoup de temps dans le village sans faire de choses extravagantes, mais je passe de très bons moments. Au final, ce qui compte le plus, il me semble, c’est d’être en bonne compagnie, peu importe ce qu’on fait et où nous sommes. Ainsi, je suis très reconnaissant d'avoir toutes ces belles personnes sur qui je peux compter, au Québec comme au Sénégal.


Ensuite, j’ai aussi pris contact avec ma famille paternelle qui se trouve dans une autre ville du pays. Tout le monde a bien hâte de me voir et moi aussi ! De plus, ma famille d’accueil avec qui je vis présentement a manifesté le  souhait de m’accompagner quand j’irai rencontrer ma famille paternelle près de la capitale de Dakar. Ainsi, chaque fois où je reviendrai au Sénégal, j’aurai au moins deux grandes familles à visiter : la famille Seck et la famille Sène-Diallo.


Puis, au collège de Touba Peycouck, je passe de très bons moments avec mes élèves et également tous les professionnels de l’école. L’enseignement de l’informatique avec le personnel scolaire me permet de rencontrer beaucoup de personnes et de discuter régulièrement sur les différences culturelles et pédagogiques qui influencent l’éducation au Québec au Sénégal. Cela sera probablement le sujet d’un futur article sur ce blogue. Il y a tellement à dire sur le sujet et aussi sur mon apprentissage du wolof qui progresse petit à petit.

Ainsi, je vous laisse sur une expression en wolof qui résume bien ce que peut être l’apprentissage d’une langue :

Dank dank, moy diap golo ci niaye. (Petit à petit, j’attraperai le singe de la brousse.)
ou encore
Dank dank, piti moy defar tag. (Petit à petit, l’oiseau fait son nid.)

Ismaël

PS : Voici quelques photos variées que j’ai prises lors des derniers jours. On peut y voir, entre autres, le collège où j’enseigne, la fête de mon petit frère, la gestion des ordures et les environs du village.



























jeudi 17 novembre 2016

Le grand Magal de Touba

Dans quelques jours aura lieu le grand Magal de Touba. Lors de cette fête, près de 5 millions de pèlerins musulmans, du Sénégal et du monde entier, convergeront vers la ville sainte de Touba pour prier et honorer la mémoire de Cheikh  Ahmadou Bamba, un grand chef spirituel sénégalais, qui est reconnu pour sa bienveillance ainsi que pour sa résistance pacifique et religieuse envers la colonisation.


En 1882, Cheikh  Ahmadou Bamba fonde la ville de Touba et dans le même sillon la confrérie des Mourides, l’une des confréries musulmanes les plus importantes et influentes du pays. Ainsi, cette fête musulmane est unique au Sénégal, en ce qui concerne le monde islamique. Elle représente un évènement majeur pour la population du pays. C’est pourquoi même les gens qui font partis d’autres confréries musulmanes se déplacent aussi par milliers vers la ville de Touba. Par ailleurs, la fête coïncide chaque année, le 19  novembre, avec le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba suite aux pressions de l’autorité coloniale.


Ensuite, grâce à de nombreuses discussions, j’ai pu mieux comprendre le rôle déterminant de la confrérie des Mourides quant à la stabilité politique et sociale du pays. En effet, on m’a souvent dit que les Mourides ont beaucoup plus de pouvoir que les politiciens, en raison de leur influence sur leurs nombreux fidèles (talibés), jeunes et moins jeunes, qui sont visibles un peu partout où je suis allé jusqu’à présent au Sénégal.  Les étrangers associent souvent les talibés exclusivement aux enfants mendiants que l’on voit un peu partout dans les rues du pays, mais les talibés sont véritablement l’ensemble des fidèles qui servent les chefs spirituels et mystiques du pays.  


À ce sujet, les Mourides sont issus du courant islamique du soufisme, qui est reconnu pour l’importance accordée à la paix et à la tolérance. Dans le même ordre d’idées, le Sénégal est souvent cité comme exemple de stabilité et de démocratie en Afrique. Certes, par le passé, le pays a connu plusieurs conflits, notamment avec la Mauritanie et avec les rebelles séparatistes de la région de la Casamance. Cependant, le pays n’a jamais connu de guerre civile,  de coup d’état ou de dictateur qui refuse la transition du pouvoir depuis son indépendance en 1960. Les Mourides et leurs califes, descendants directs de Bamba, ont certainement joué un rôle important quant à cette relative stabilité. Par ailleurs, le pays a aussi été épargné par les nombreux attentats d’islamistes radicaux qui ont frappé plusieurs pays africains lors des dernières années. Bref, les Mourides sont extrêmement influents, dans toutes les sphères de la société sénégalaise.


La dévotion de leurs fidèles est impressionnante et indéniable. Dans mon village, à Touba Peycouck, des gens se réunissent tous les jours pour réciter des prières et aussi pour offrir du café Touba (le café local) ou de la nourriture aux personnes qui passent par chez nous. Bamba était reconnu pour sa grande générosité et les gens ici offrent du café et de la nourriture à tous les passants depuis le début du mois de novembre, qu’ils soient musulmans ou non. L’important étant d’incarner la générosité et la dévotion de Bamba envers Dieu et envers son prochain.


Comme on dit ici : Bamba feep, Bamba partout, Bamba jerejef, Bamba merci!









Pour ma part, j’aurais bien aimé aller à Touba, mais il aurait fallu que je parte quelques jours en avance pour ne pas rester coincé dans les embouteillages sur les routes menant à la ville sainte. Ensuite, pour des raisons de sécurité, on m’a aussi déconseillé d’y aller. C’est pourquoi j’irai à Touba plus tard avant la fin de mon voyage. Ba ci kanam Touba! (À plus tard Touba)


J'en profite aussi pour souhaiter un bon Magal à ma famille à Montréal! Magal ak jamm!


Ismaël



lundi 14 novembre 2016

Conversations pédagogiques et culturelles

Un stage en enseignement est une belle occasion pour parler de pédagogie et d’éducation! À ce sujet, je discute régulièrement avec mon enseignant associé et également nos collègues de l’école pour mieux comprendre le contexte éducatif et social sénégalais. J’aime bien penser que plus je connaitrai la réalité sociale des enfants qui viennent à l’école, plus je pourrai intervenir efficacement dans la classe auprès de mes élèves.

En effet, ce n’est pas fou « pentoute », car il y a quelques différences notables entre une classe au pays de la Teranga et une classe au Québec. Par exemple, il est rare de voir 75 élèves dans une classe pour un seul enseignant-e au Québec, comme c’est le cas pour ma classe de stage au Sénégal. Puis, devant les élèves, pas tableau blanc interactif, mais un tableau traditionnel avec quelques craies colorées pour mettre de la couleur dans le quotidien des élèves. Pour  ma part, étant passionné de technologies numériques, cela représente un certain défi pour moi d’enseigner  sans avoir recours à ces outils technologiques qui m’aident à dynamiser davantage mes cours.



Ainsi, au Sénégal, depuis le début de mon stage, j’ai l’impression de revenir à l’essentiel du métier d’enseignant. En d’autres mots, une classe toute simple avec un enseignant chevronné et des élèves motivés qui évoluent et apprennent ensemble.

Ensuite, au CEM de Touba Peycouck, j’ai souvent l’occasion de discuter avec d’autres enseignants qui souhaitent aussi se questionner sur leur pratique. Nos échanges sont très intéressants et illustrent bien les différentes valeurs de nos systèmes éducatifs et parallèlement de nos sociétés.




Par exemple, l’enseignant-e sénégalais-e, selon ma perspective personnelle et imparfaite, ressemble plus à un maitre qu’à un guide, comme le suggère le programme de l’école québécoise. De plus, ce maitre me semble plus près du savoir que des élèves. Ainsi, les jeunes qui ont plus de difficultés sont souvent laissés derrière, car l’objectif premier est de dispenser la matière du programme, comme semble le suggérer le système d’inspection des enseignant-e-s ici.

Pour ma part, je me suis donné, entre autres, comme objectif de soutenir les élèves en difficulté de ma classe de français lors de mon stage. Certes, cela représente tout un défi, dans ce contexte scolaire et social très différent où, notamment, l’adaptation scolaire n’existe pas.



À ce sujet, la semaine dernière, j’ai enseigné aux élèves sur la rédaction d’un texte descriptif. J’ai pu constater que le niveau de mes 75 élèves en écriture n’était pas du tout uniforme. En effet, certains élèves aimeraient avoir plus de défis alors que d’autres ont de la difficulté à écrire une phrase ayant un verbe. Que faire ?

Simplement, de son mieux !

Je ne suis pas un magicien, mais je suis certainement bronzé et motivé!

Ismaël

PS :

- Les élèves de ma classe sont très motivés! L’éducation est socialement très importante, malgré les difficultés du pays à entretenir son réseau public d’éducation.

- J’enseigne en classe de 6e. Mes élèves viennent tout juste de faire leur entrée au secondaire.

- Fait intéressant : les filles participent beaucoup plus que les garçons dans ma classe. Mon enseignant associé m’a dit que c’est courant au Sénégal de nos jours.

- La langue officielle du pays est le français, mais c’est généralement la deuxième langue des élèves. La première étant le wolof, le sérère ou le « al pulaar » dans ma classe. Le français n’existe  pratiquement pas hors de l’école pour les jeunes enfants. Cela représente un grand défi pour l’apprentissage de cette langue.

- Apparemment, il y a un gros lézard caché dans le toit de notre salle de classe. Il me reste encore plus d’un mois pour vérifier si cela est une légende scolaire ou  non!

- J'ai eu droit à ma première visite de supervision aujourd'hui. Apparemment, je suis un bon enseignant!

- Bravo à mon frère JM pour sa collation des grades à la Faculté de science politique et de droit et joyeux anniversaire à ma magnifique soeur Dior.

mercredi 9 novembre 2016

Deux semaines à Touba Peycouck


Une journée après mon arrivée au Sénégal, l’équipe terrain de Mer et Monde m’a introduit au village de Touba Peycouck, dans la région de Thiès. C'est ici où j’effectuerai un stage en enseignement du français et de la micro-informatique, en plus de vivre dans une famille sénégalaise issue ce beau petit coin de pays.


Une des particularités de mon stage est que je souhaite apprendre le wolof, la langue parlée par la majorité des sénégalais. Cette langue est aussi parlée par ma famille d’accueil au Sénégal ainsi que ma famille paternelle que j’irai visiter une fois mon stage terminé. En deux semaines, j’ai bien progressé quant à mon apprentissage de cette langue. Ainsi, je crois pouvoir en étonner plusieurs, à mon retour à Montréal.



École




Pour le moment, en ce qui concerne mon quotidien d’enseignant, mes journées partagées entre l’apprentissage du wolof, la préparation de mes cours de français pour ma classe de 75 élèves (oui vous avez bien lu) et mes cours de micro-informatique pour les enseignant-es ocupent bien mon quotidien. De plus, plusieurs personnes dans le village ont manifesté leur intérêt pour pratiquer l’anglais avec moi. Ainsi, je m’improvise professeur d’anglais quelques fois par semaine. La demande est aussi très grande pour l’apprentissage de l’utilisation d’un ordinateur et des logiciels de présentation ou de traitement de texte. Ainsi, je dois être prudent pour bien gérer mon temps et mes énergies pour ne pas m’épuiser à la tâche.

Vie en famille
Ensuite, dans ma famille d’accueil, ici à Touba Peycouck, je vis sur une concession où habite près de 10 personnes. Je suis donc à la fois un frère, un fils et un neveu dans le nid familial. De plus, il y a beaucoup de personnes qui viennent nous rendre visite. En effet, la famille ressemble à un village et le village ressemble à une grande famille. Ainsi, on m’invite souvent voir la parenté un peu partout dans la communauté. Les gens sont sympathiques et très accueillants. Ils aiment me taquiner, en raison de mon nom.


Ismaël ou Ismaïla est très courant au Sénégal et les Seck sont aussi une des grandes familles du pays. Cependant, j’ai l’apparence d’un étranger. C’est pourquoi les gens sourcillent quand je leur dis mon nom complet. À ce sujet, au Sénégal, le nom de famille a une valeur particulière, car il indique en partie l’ethnie à laquelle tu appartiens, la région d’où viennent tes ancêtres et possiblement ta confession religieuse.


Bref, en raison de mes origines métissées, je corresponds peu aux caractéristiques sociales et culturelles des Seck typiquement sénégalais. C’est pourquoi on m’appelle sympathiquement Toubab Seck (Étranger Seck).


Cela constitue un oxymore. En effet, comment peut-on être un Seck et un étranger ou un Tremblay et ne pas savoir parler français? C’est la beauté du métissage, tout est possible quand tu es bronzé!


Bref, pour rigoler, je me présente aux gens avec le nom Toubab Seck. Cela fait bien rire les gens et initie bien des discussions. Je vis bien avec cela, j’accepte bien les aléas de cette "métissitude". Les gens me taquinent, mais ils m’aident aussi à mieux comprendre la langue, la culture et à m’intégrer à la communauté, à cette grande famille, un verre de thé à la fois, une taquinerie à la fois, un riz au poisson à la fois...


En somme, je vais bien et j’apprends beaucoup, sur le Sénégal, sur l’enseignement et sur la vie! Par ailleurs, j’ai beaucoup d’idées pour mes prochains articles. J’ai beaucoup à dire sur mon stage à l’école CEM Touba Peycouck, sur la vie en famille, sur l’importance d’écouter les ainés ici au Sénégal, sur l’importance de la religion pour la population et aussi sur les blagues de ma grand-mère sénégalaise qui souhaite que je me trouve une femme au Sénégal. Les prochaines semaines, comme les deux premières, seront assurément intéressantes, j’en suis sûr!


Au plaisir de vous écrire de nouveau pour vous partager la beauté de mon quotidien ici au Sénégal.


Ba beneen yoon sama xaarit yi! (Au revoir les ami-e-s!)

Ismaël


PS : Voici quelques photos de Gorée, patrimoine mondial de l'Unesco.


La porte du non-retour (esclavage)





jeudi 27 octobre 2016

Touba Peycouck en images

En attendant de rassembler mes pensées pour vous écrire un petit résumé de cette première semaine, je vous transmets ces quelques photos qui je l'espère vous permettront de découvrir ce magnifique village, presqu'en ville, que l'on nomme Touba Peycouck.













lundi 24 octobre 2016

Dafay tang - Il fait chaud!

Je suis bien arrivé au pays de la Teranga vers 2h du matin heure de Dakar. Il fait chaud dehors et dans le coeur aussi. Je suis tellement reconnaissant de pouvoir vivre cette expérience.
Chaque semaine, je vous partagerai des écrits et des images sur ce que je vois, ce que je vis ici.

Je suis présentement dans les locaux de l'organisme  Mer et Monde où je recevrai les derniers détails concernant mon stage avant de rejoindre le village Touba Peykouk. Une fois là-bas, je rencontrerai ma famille d'accueil et je visiterai le collège où j'enseignerai le français, en plus de donner du soutien informatique aux enseignant-e-s.



À bientôt



Ismaël

jeudi 20 octobre 2016

Lettre à moi-même, à ma famille, à mes ami-e-s


Bonjour grand brun,

une longue route s’achève et une autre commence. 

En effet, j’avais depuis très longtemps comme souhait de partir découvrir la terre de mes ancêtres; cette autre partie de mon arbre généalogique qui m’est en grande partie inconnue.

Il y a bien longtemps que j’entendais cet appel vibrant et indicible. Ce long interurbain existentiel se faisait plus persistant depuis quelques années. Comme si des tambours lointains installés quelque part de l’autre côté d’une vaste étendue d’eau m’invitaient à les rejoindre pour participer à une rencontre aux dimensions toutes spéciales. Une rencontre avec soi, certes, mais avant tout une rencontre interculturelle entre deux univers aux racines à la fois diverses profondes.  

Il va de soi que je peux entendre cet appel d’outremer, car étant issue d’une rencontre entre deux cultures, mon identité, elle, se situe aujourd’hui quelque part au milieu de l’Atlantique, à mi-chemin entre la belle province et le Sénégal. 

Sur le continent bronzé de mon identité, je vis comme une sorte de croisement formidablement métissé entre l’érable et le karité. Un modèle hybride et sympathique d’apparence étrangère pour certain au Québec. Au Sénégal, terre de mes ancêtres, je serai sensiblement perçu de la même manière. Bref, un modèle hybride et sympathique d’apparence étrangère d’on les racines se partagent visiblement entre deux continents et peut-être même plus, qui sait. 

Étant plus jeune, j’ai souvent eu l’impression d’avoir à choisir entre différentes cultures, entre différentes croyances qui composent la constellation culturelle de ma famille et de mes proches. Aujourd’hui, je ne vois plus cette dualité entre les différents éléments qui composent mon identité et celle de ma famille. J’ai appris à voir les points communs entre ces différents systèmes solaires. En effet, ils émettent tous de la lumière, à leur manière. Ainsi, malgré le fait que ces systèmes de croyances soient tous différents, j’ai choisi de voir ce qui les unit, ce qui peut faire le lien entre ces différentes croyances et cultures qui composent mon identité et celle du monde. Comme si l’important n’était pas d’avoir à choisir entre le riz au poisson ou la poutine, mais bien de pouvoir savourer les deux tranquillement et en bonne compagnie.

Aujourd’hui, c’est dans cet esprit que je vais bientôt partir pour le Sénégal à la découverte d’une culture qui m’habite depuis ma naissance et qui m’est à la fois étrangère, ayant vécu toute ma vie en Occident. Je souhaite mieux comprendre ce qui unit mes deux cultures d’origines et ce qui peut unir les cultures du monde. 

À cette époque où nos différences sont souvent citées pour nous diviser, cette démarche que je souhaite entreprendre me semble d’autant plus importante, car l’humanité que nous partageons est plus importante que les étiquettes que nous portons où qu’on souhaite nous assigner.
    
Plus personnellement, à l’approche de ce stage en enseignement où je vivrai dans une famille sénégalaise, je me sens à la fois fébrile et anxieux. En effet, je vivrai certainement mon lot de moments mémorables et de situations déstabilisantes. Je le reconnais j’ai peur, car je sais que ce genre d’expérience peut bousculer l’esprit et les certitudes. Mais je sais aussi que la peur est pleine d’enseignement et qu’on grandit énormément à la regarder pour mieux comprendre d’où elle vient. Chose certaine, malgré mes craintes, je me sens prêt à vivre cette aventure! Je ne crois pas pouvoir être plus prêt à partir, d’autant plus que je vais manquer une partie de l’hiver! Au final, mes objectifs de stage sont simples. Je souhaite simplement apprendre, partager, écouter et vivre chaque instant de cette aventure avec un esprit d’ouverture, d’acceptation, de partage et d’humilité pour donner le meilleur de moi-même à la communauté.

Je ne changerai pas le monde. Je vais simplement contribuer à le rendre meilleur en partageant ma passion pour l’éducation, en aidant ma communauté d’accueil et en incarnant cette chaleur humaine qui caractérise le Sénégal et le Québec que je connais.

Une longue route s’achève et une autre commence; c'est décidément la fin d'un cycle. J’ai hâte de voir la suite!

Merci à ma famille, mes ami-e-s, ma députée Mme Françoise David et à Mer et Monde de m’aider à rendre tout cela possible!

Ismaël