La fin de l’année approche. Ainsi, nous
préparons les évaluations pour les élèves au Collège d’enseignement moyen de
Touba Peycouck. Cela me permet aussi de discuter avec mes collègues
enseignant-e-s sur les principes importants nous assurant de préparer de
bonnes évaluations; c’est-à-dire des évaluations qui nous permettent de mesurer
et de vérifier la progression des élèves en fonction de ce que nous avons
précédemment enseigné durant l’année.
Cela semble simple à première vue, mais ce
n’est pas tous les enseignant-e-s qui partagent ce point de vue. En effet, il
n’est pas toujours facile de s’entendre, entre enseignant-e-s, sur le contenu et aussi la forme d’une évaluation. C’est pourquoi j’ai eu plusieurs discussions intéressantes
avec mon enseignant associé pour mieux définir ce qui devrait être essentiel
dans les évaluations que nous donnons aux élèves. Ces discussions sont
importantes, car les évaluations déterminent en grande partie le cheminement
scolaire des élèves ainsi que leur confiance et leur estime personnelle.
À ce sujet, imaginez-vous devant une
évaluation avec des questions qui ne représentent pas ce que vous auriez pu
apprendre durant un cours. Dans ce genre de situation, on se sent impuissant-e.
De plus, nous pouvons aussi perdre confiance envers l’enseignant aussi bien
qu’envers nos propres moyens. À ce sujet, la première évaluation que les élèves
font durant l’année est particulièrement importante, car elle détermine
grandement la confiance qu’ils et elles auront tout au long de l’année envers
l’enseignant-e et le processus d’évaluation.
Parlant d’évaluation, ma visite de
supervision finale de stage approche à grands pas, elle aussi. Je crois avoir
beaucoup progressé depuis mes débuts ici. Dans le même ordre d’idées, j’ai
demandé à mes élèves si j’étais un bon enseignant et ils ont répondu par
l’affirmative, une chance ! Ensuite, je leur ai demandé ce que je faisais
de bien. Voici ce qu’ils et elles m’ont répondu :
-
Tu expliques bien ;
-
Tu écris lisiblement au tableau ;
-
Tu fais des blagues ;
-
Tu nous aides à mieux comprendre.
Ensuite, je leur ai demandé ce que je devrai
améliorer pour être un meilleur professeur. Ils n’ont pas voulu me répondre, mais
mon enseignant associé, lui, avait une réponse : je dois être plus sévère
avec les élèves qui dérangent. C’est intéressant, car c’est également un
commentaire qu’on m’a laissé lors de mes stages précédents au Québec.
Cependant, être sévère au Sénégal et dans la belle province me semble bien
différent. J’ai parfois l’impression ici que certains élèves craignent leurs
enseignant-e-s. C’est pourquoi, à mon avis, plusieurs jeunes n’osent pas poser de questions
par peur de se tromper et de se faire réprimander. Ces élèves ont l’impression
de ne pas avoir le droit à l’erreur. Pourtant, c’est justement grâce à nos
erreurs que nous progressons. Si l’élève n’ose pas participer ou se
questionner, il sera difficile pour l’enseignant-e de savoir ce qu’il sait et de savoir comment l'aider pour le faire progresser. Ainsi,
il faut encourager la participation et l’erreur, car elles permettent aux
élèves d’apprendre davantage.
Puis, en ce qui concerne la discipline, une
partie du travail de l’enseignant consiste à créer un bon climat de confiance et de
travail dans la classe tout en gardant le contrôle pour diriger cette belle collectivité.
Certes, garder le contrôle de sa classe est un défi de tout instant. C’est
pourquoi plusieurs enseignants font le choix d’être plus sévère et de limiter
la liberté des élèves pour avoir un meilleur contrôle sur le processus
d’apprentissage, notamment si la classe comprend un très grand nombre d’élèves
comme c’est le cas au Sénégal. Pour ma part, j’aime laisser un peu plus de
liberté aux élèves, mais ceux-ci doivent me montrer qu’ils et elles savent bien
gérer cette liberté. Ce faisant, j’ai un moins grand contrôle sur ma classe,
mais je crois que ce faisant je contribue à rendre les élèves plus autonomes et
responsables. Cela est mon pari pédagogique et j’en assume les avantages et les
inconvénients. Chose certaine, je tenterai d'ameliorer cet aspect de mon travail lors de mes futurs stages.
Finalement, pour célébrer la fin de l’année
2016, je suis en train d’organiser avec l’école une projection de films sur la
protection de l’environnement. De plus, un enseignant qui fait aussi de la
musique m’a proposé de réunir plusieurs rappeurs locaux pour « faire lever
le party » avant la présentation du film. On va terminer l’année
en grand à Touba Peycouck !
Pour avoir plus d'informations sur Cinécyclo, l'organisation avec laquelle je travaille pour organiser la projection de films, vous pouvez consulter le lien ci-dessous :
Ismael
PS: Je trouvais qu'il manquait d'images dans cet article. Ainsi, je vous laisse sur quelques photos du Lac Rose ou Lac Retba du Sénégal.
Cher Ismaël,
RépondreSupprimerSi tu étais mon stagiaire, tu aurais un A+ pour cette belle réflexion sur ta pratique! Pas étonnant que tes élèves t'apprécies; tu te soucies d'eux et de leur réussite. Bien chanceux les élèves qui t'auront en classe pendant 10 mois éventuellement! Amuse-toi bien avec tes élèves et tes collègues et reviens-nous rempli de belles images et d'idées. On a besoin de profs comme toi ici aussi!
Suzanne xx
Ce dilemme, discipline versus animation, est récurrent partout et avec autant d'acuité dans les classes du Québec, quoique campé dans différentes perspectives. J'ai vu des classes où on se serait cru dans une bibliothèque ou même une église tant le silence dominait. D'autres, contrôlées à la baguette, comme un chef qui dirige l'orchestre. D'autres, à ce point animées, qu'on les perçoit chaotiques...
RépondreSupprimerVoilà longtemps que j'ai choisi l'animation participative comme ambiance pédagogique. Cette position me semble davantage favoriser le développement des valeurs liées au comportement des futurs citoyens. Reconnaissons que parfois la ligne est mince entre animation et agitation et que certains élèves ont la dispersion facile... Et c’est dans ces moments que, je crois, l'enseignant doit intervenir fermement pour centrer le cadre des opérations.
On le voit à tes commentaires, la pédagogie,la didactique comme l'évaluation trouvent leurs assises dans une mixture complexe : la culture propre à une nation, l' intégration ou le rejet de certaines voies pédagogiques, les valeurs sociales et personnelles, etc.
La fascination et la richesse d'un séjour comme le tien, s'incarnent précisément dans ce dialogue de chaque instant où chacun apporte à l'autre des visions parfois complémentaires, parfois qui confrontent, mais qui engendre toujours un dialogue stimulant...